HGGSP : Forum de Paris sur la Paix 2026 : la paix se négocie aussi en ligne
Les 10 et 11 novembre, Paris accueille la 9e édition du Forum de Paris sur la Paix. Vous avez étudié en classe le discours fondateur de 2018 : voici ce qui se joue cette année, ce qui a changé… et ce qu’il faut en penser.
Rembobinons : novembre 2018

Le 11 novembre 2018, une soixantaine de chefs d’État célèbrent à Paris le centenaire de l’Armistice. La presse québécoise parle alors d’une « grand-messe internationale pour la paix ». Emmanuel Macron veut faire de ce rassemblement une vitrine du multilatéralisme. Il lance pour cela un nouveau rendez-vous : le Forum de Paris sur la Paix. Le Forum est fondé sur une idée simple, selon laquelle un monde mal gouverné deviendrait vite un monde en guerre.
Le lendemain, à l’UNESCO, Macron prononce le discours que vous connaissez. Il y affirme qu’Internet est une « évidence menacée ». Il y refuse l’alternative entre « un Internet californien » et « un Internet chinois », et il y présente l’Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace.

Un absent remarqué en 2018 : Donald Trump, présenté comme le premier contempteur de ce mode de gouvernance, choisit de ne pas assister au forum.
Le Forum 2026 en quelques chiffres
- 9e édition, au Palais de Chaillot, face à la tour Eiffel
- Plus de 350 intervenants pour 80 sessions réparties autour de quatre grandes thématiques : géopolitique, technologies émergentes, développement et planète.
- 1 thème : « De la souveraineté à la coopération »
- 1 sommet dans le sommet : le Child Summit, consacré à l’enfance.
Le thème : « De la souveraineté à la coopération »
Le titre est un programme à lui seul. Les organisateurs dressent un constat sombre : le « chacun pour soi » aurait désormais un coût insoutenable, qui se paie au quotidien : vie chère, dérèglements climatiques, cyberattaques massives, risques de l’IA pour l’emploi.
On reconnaît la logique du discours de 2018. Face aux menaces globales, la souveraineté de chaque État ne suffit plus : il faut coopérer, et pas seulement entre États.
Cyber, IA, menaces hybrides : le cœur de notre programme
Plusieurs sessions prolongent directement le thème 6 (titres traduits par mes soins) :
- « Garde-fous pour l’IA à capacités cyber : un consensus fondé sur les preuves peut-il tenir au-delà des frontières ? »
- « Tenir la ligne : la souveraineté à l’ère des menaces hybrides »
- « Une autre IA est-elle possible ? Construire une alternative par la coopération Nord-Sud » : c’est la « troisième voie » de 2018, version 2026.
- « Négocier la paix dans un monde numérique : simulation d’un cessez-le-feu numérique ». Un cessez-le-feu… dans le cyberespace. Tout est dit
Le Child Summit : vos écrans à l’agenda diplomatique
C’est la grande nouveauté de 2026. Le Forum part d’un constat : la « génération de l’intelligence artificielle » grandit avec des technologies dont personne ne mesure encore les effets réels sur son développement.
Emmanuel Macron s’est fortement engagé sur ce dossier. À la tribune de l’ONU, en septembre dernier, il a présenté le Forum comme le lieu où réunir tous ceux qui veulent accélérer l’agenda de protection des enfants. Une coalition lancée par la France, l’Espagne et le Kenya prévoit d’y présenter ses premiers engagements volontaires. La France met en avant sa propre mesure : l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies à New +2
Une session porte d’ailleurs un titre qui vous parlera : « Trop jeunes pour scroller ? », ce qui permet de vous rappeler une très belle initiative (cliquez sur l’image pour vous inscrire) :

L’Appel de Paris, 8 ans après
- En 2018 : 51 États, dont tous ceux de l’Union européenne, 130 entreprises et universités, et 90 organisations à but non lucratif.
- En 2021 : coup de théâtre. Lors du Forum, Kamala Harris et Ursula von der Leyen annoncent que les États-Unis et l’Union européenne rejoignent l’Appel. La différence avec 2018 s’explique simplement : Trump avait refusé de le soutenir, l’administration Biden change de ligne.
- Aujourd’hui : plus de 1 200 soutiens, dont 80 États, plus de 700 entreprises et plus de 380 organisations de la société civile. Le Quai d’Orsay la présente comme la plus grande initiative multi-acteurs au monde en matière de cybersécurité.

L’œil critique
Un bon géopolitologue que vous devenez ne se contente pas des communiqués officiels. Quatre réserves s’imposent.
- 80 États sur 193. Le chiffre de 1 200 soutiens impressionne, mais les États n’en représentent qu’une petite partie. Les grandes puissances cyber autoritaires restaient absentes de la liste initiale de 2018.
- Un texte non contraignant. Dès 2018, un site d’analyse géopolitique parlait d’un « succès en demi-teinte » pour un texte non contraignant juridiquement. Signer l’Appel n’expose à aucune sanction.
- Des signataires juges et parties ? Les géants du numérique soutiennent l’Appel. On peut se demander si ceux qui produisent les vulnérabilités sont les mieux placés pour définir les règles.
- Un instrument de puissance française. Le Forum est né d’une initiative de l’Élysée, et le président y est omniprésent. Pour la diplomatie française elle-même, la cybersécurité fait désormais partie des stratégies de puissance et des rapports de force internationaux. Promouvoir la coopération, c’est aussi une manière pour la France d’exister face au duopole sino-américain : c’est du soft power.
Pour aller plus loin
- Le programme complet du Forum 2026 : parispeaceforum.org
- La page officielle de l’Appel de Paris : parispeaceforum.org/fr/initiatives
- Le discours de 2018 sur elysee.fr