Maus de Art Spiegelman
Maus (souris en allemand) est un récit autobiographique qui alterne deux époques : les années 1980, les années pendant lesquelles Art Spiegelman écrit son livre et les années 1930-1940 avec les témoignages bouleversants du passé de sa famille et la vie personnelle de Vladek, son père.
Ayant une grande difficulté à communiquer avec son père, Art Spiegelman entreprend l’écriture de la vie de son père Vladek, juif polonais, déporté à Auschwitz en 1944 avec sa femme, après une vie périlleuse de 1940 à 1944 allant de cachette en cachette pendant l’occupation allemande de la Pologne. Art questionne donc son père sur les conditions de vie de l’avant-guerre, du ghetto et du camp de concentration.
La particularité de l’œuvre consiste à la transposition du récit autobiographique du père de l’auteur dans un univers animalier, où les nazis sont représentés par des chats et les Juifs par des souris, d’où le titre.
Maus a reçu de nombreux prix dont le célèbre Pullitzer, en faisant une œuvre incontournable de la bande dessinée mais aussi de la littérature :
Prix Pullitzer (1992), Prix Eisner (1992), Prix de la Meilleure Fiction du Los Angeles Time (1992), Prix du Meilleur Album étranger du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (1988).

Extrait de MAUS, Volume II (Art SPIEGELMAN, 1986, Éditions Flammarion, 1992, pour le présent extrait)
- Clés pour la lecture artistique :
– Art et Vladek sont à la fois personnages (on voit Art interroger son père) et narrateurs extérieurs (quand Vladek se souvient…).
– La planche est divisée en deux strip (= bandes de vignettes qui se lisent de manière verticale ou horizontale.) qui se lisent de haut en bas. Celle de gauche représente les années 1970, celle de droite les années 1940 ( 2nde GM) et raconte ainsi un épisode tragique se terminant brutalement par les cris des S.S
– Symboliquement les groupes humains, ont des têtes d’animaux sur des corps d’homme. Ce procédé permet de prendre de la distance par rapport aux évènements et met mieux en évidence le rapport de force entre les différents personnages.
Analyse de l’oeuvre
Description de la planche « Maus »
Cette bande dessinée n’est pas contemporaine des événements racontés. Elle se base sur le témoignage du père de l’auteur, un juif polonais qui a vécu les événements. Il y a un constant va et vient entre le présent (moment où le père et le fils se parlent) et le passé ( souvenirs du père).
Les vignettes 1 montrent Vladek Spiegelman père d’Art qui lui raconte son histoire (représentation contemporaine )
Les vignettes 2 quant à elles décrivent ce que raconte Vladek à son fils : arrivée dans le camp, sélection des valides/non valides et classification.
Le décor se compose d’une grande pièce trouée de fenêtres. La scène a lieu à Auschwitz (le nom apparaît dans les vignettes 3 et 4 du premier strip vertical).
On distingue plusieurs groupes de personnages (sous la forme d’hommes à têtes d’animaux) : les chats (les nazis ou SS) en tenue militaire et armés de matraques ; le cochon (kapo polonais) en tenue de prisonnier mais possédant une matraque et se tenant du côté des chats ; les souris (les hommes juifs) en civil au début pour la plupart, un porte une tenue de déporté.
Procédé narratif : Les gardes SS et le kapo obligent les arrivants à se débarrasser de tous leurs biens. Après s’être déshabillés, ils sont rasés, puis ils doivent endosser l’uniforme rayé des déportés.
Dans les récitatifs (rectangles), le narrateur externe raconte l’humiliation et la peur. Les paroles des personnages dans les bulles : Vladek, le narrateur, tente de rassurer son ami Mandelbaum .
Les paroles des SS, avec une taille de caractère plus grande, ouvrent et ferment le strip : elles sont menaçantes.
Analyse de l’œuvre
Le rapport de force apparaît d’abord dans le choix des personnages : les nazis apparaissent sous les traits de chats tandis que les juifs sont représentés par des souris. Les Nazis en chats : prédateurs violents qui chassent les souris (Juifs) qui sont prises au piège.
L’auteur pose des têtes d’animaux sur des corps humains car cela lui permet de représenter le représenter le rapport de force entre les détenus (souris) et les gardiens (chats). Mais c’est également un moyen de montrer la déshumanisation totale et la sauvagerie des Nazis.
La relation de force est aussi rendue par les gestes des personnages, agressifs pour les nazis, épaules voûtées, tête baissée pour les juifs. Enfin, les textes soulignent le lien entre bourreaux et victimes.
Le texte amplifie la violence des images car il répète la situation d’humiliation et de déshumanisation des déportés montrée dans les vignettes. Il incarne aussi dans les personnages de Vladek et de Mandelbaum le sort de tous les juifs.
L’utilisation du noir et blanc donne un côté journalistique ou documentaire à l’histoire ; il participe aussi à la création d’une atmosphère oppressante, notamment dans les dessins saturés de hachures qui assombrissent la case, comme les vignettes 2 et 3 du second strip. L’auteur choisit le noir et blanc pour montrer le caractère sombre des évènements. Il s’agit d’exprimer la douleur et la souffrance que pouvaient ressentir les détenus.